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Quand la Nature se fait Artiste SculpteurJean-Pierre GANELON, Artiste Sculpteur et Photographe Bordelais

Première passion : La photographie

Passionné de photographie et des divers aspects architecturaux de la ville de Bordeaux, j'ai réalisé de 1987 à 1990 une étude complète sur les heurtoirs de Bordeaux, partie importante de par sa qualité et quantité de la ferronnerie de notre ville.
Afin de commémorer le bicentenaire des Compagnons Ferronniers du 8 au 20 mai 1991, j'ai été contacté par la Maison des Compagnons du Devoir de la ville de Bordeaux pour participer à la réalisation d'une exposition de photographies illustrant les heurtoirs de Bordeaux.
Depuis cette date, de nombreuses photographies ornent la salle des chefs d' œuvres à la Maison des Compagnons du Devoir, 76 rue Laroche à Bordeaux.
Bordeaux venant d'être sélectionnée par l'UNESCO, j'espère que les divers organismes municipaux de la ville et de sa région financeront l'intégralité de cette exposition représentant plusieurs années de travail et pourront la présenter dans plusieurs villes européennes dans le but de promouvoir une partie du patrimoine architectural de la ville de Bordeaux.
De plus, afin de donner plus de chance à la concrétisation de cette exposition, je contacterai plusieurs châteaux de vin qui font la renommée de notre ville et de sa région.
Les frais occasionnés rentreront dans le cadre du mécénat occasionnant ainsi une déduction fiscale à chaque partenaire.

Les heurtoirs bordelais

Je les ai croisés plus de mille fois sans les remarquer vraiment,
Fuite d'un regard pressé, dirigé sur bien d'autres choses.
Pourtant, un jour, au travers d'un objectif,
Simple essai de passage,
Le déclic se fit.
Objets usuels du passé, ils sont là, tout près de nous,
Jouant avec les ombres fugitives de ces journées d'été.
Longue errance solitaire à la recherche de l'objet rare.
Mystérieuse attirance où élégance et finesse se mélangent.
Certains sont comme des caméléons, emmitouflés dans une robe de peinture,
A la recherche d'une identité qui s'évapore dans les vives couleurs du présent.
D'autres, plus fragiles, entre deux visites,
Disparaissent dans les ombres de la nuit.
Sur les portes dévêtues se dessinent les traits d'un vide soudain,
Beauté d'une époque, tristesse d'un avenir où les photographies ne pourront remplacer,
Le relief des heurtoirs disparus.

Plaisir des yeux,
Douce sensation au toucher,
Compagnon d'un été, l'instant d'un déclic.

Jean-Pierre Ganelon

 

La plupart des ouvrages concernant la ville de Bordeaux mentionnent depuis longtemps la présence des heurtoirs sur les portes, leur excellence, leur abondance. Les propriétaires d'hôtels particuliers à la fin du XIXe siècle, certes adeptes des nouvelles sonnettes modernes, auraient été encore si attachés à leurs heurtoirs que pour pouvoir les arborer sans risque aux portes cochères, ils les auraient fait démonter tous les soirs et fixer tous les matins au vantail de la porte par leur domestique !

Le luxe orfévré de l'objet ciselé comme un bijou pendentif continue d'être revendiqué clairement comme signifiant privilégié et il est devenu emblématique de notre ville. La publicité utilise fréquemment son graphisme comme signe d'élégance, en référence aux notions évocatrices de patrimoine et de tradition. Il a fallu néanmoins attendre les années 90 et la disparition malheureuse de bon nombre d'entre eux sur les marchés de brocante pour que l'on se préoccupe heureusement de leur inventaire photographique et qu'on leur consacre une étude particulière. Mal entretenus, beaucoup montrent les signes évidents d'une dégradation profonde due à l'oxydation.

Pourtant on ne pourra pas remplacer nos heurtoirs disparus à qualité comparable. L'art des maîtres serruriers habiles d'antan, battant et rebattant le fer en barre au marteau, le repoussant à la forge et sur le tas et découpant la feuille de métal, polissant et repolissant l'ouvrage fini aux reflets d'argent n'est plus pratiqué de nos jours, trop dur, trop coûteux en temps et en efforts, quand la fonte déjà préconisée par Réaumur au XVIIIe siècle le remplace à peu de frais.

Heurtoirs ou marteaux, fixés de l'intérieur à la surface de la porte et destinés à se faire entendre depuis le seuil, ont d'abord été des objets rares et luxueux, associés aux lourds vantaux d'églises médiévales puis des hôtels princiers de la deuxième Renaissance. L'enrichissement général du XVIIe siècle contribuera à leur vulgarisation et Bordeaux sacrifie à la mode essentiellement au XVIIIe siècle, réputé son âge d'or. Ils sont placés à Bordeaux à hauteur du regard.

Les heurtoirs comportent des parties fixes : la platine, dont les contours découpés et ajourés dessinent sur le fond de bois les motifs Régence, Louis XV ou néo-classique et dont les traces perpétuent encore longtemps le souvenir de l'objet après qu'on l'ait soustrait, et la rosette ou bouton destiné à être frappé; à manier, le heurtoir proprement dit, fixé par un lacet et articulé par des charnières, qui peut prendre une importance et des formes différentes selon l'époque et l'affectation : en pendeloque, en boucle arrondie ou encore dite de gibecière ou en cuisse de grenouille, en dauphin, en anneau, en main.

Cet éclat d'orfèvrerie s'insère dans le luxe de la ferronnerie apparente en façade qui comprend les impostes et les balcons et annonce la richesse des escaliers de la demeure; signe ostentatoire du respect du decorum, ces règles du savoir-vivre qui s'imposaient aux personnes de qualité.

Marie-France Lacoue-Labarthe

Décembre 2008

Autres ouvrages de l'auteur en relation avec le sujet :

  • Heurtoirs de Bordeaux, Princi Neguer Editor, 2000.
  • L'Art du fer forgé en pays bordelais de Louis XIV à la Révolution, réédition revue et corrigée, Bordeaux, Société archéologique de Bordeaux (1 place Bardineau, 33000 Bordeaux), 2003.
  • Meubles bordelais, meubles de port, Société archéologique de Bordeaux, 1996.

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